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LE NIHON-GA – TECHNIQUE DE PEINTURE TRADITIONNELLE JAPONAISE

Le terme nihonga, ou nihon-ga, signifie littéralement « peinture (ga) japonaise (nihon) ». C’est un mouvement artistique  japonais qui apparaît dans les années 1880, au cours de l’ère Meiji. Sous ce nom sont réunies des peintures apparues depuis la fin du xixe siècle, réalisées selon les conventions, les techniques et les matériaux de la peinture japonaise « traditionnelle ». Leur apparition a été stimulée par les recherches du premier historien de l’art japonais, Okakura Kakuzō (Tenshin) (auteur de Le Livre du thé en 1906) et de peintres japonais, en collaboration avec Ernest Fenollosa, un universitaire américain, lui-même japonologue.

Ces peintures japonaises, depuis les années 1880, ont été réalisées conformément aux conventions, techniques et matériaux artistiques japonais traditionnels, mais avec quelques innovations, tout de même. Bien que reposant sur des traditions millénaires, le terme a été inventé pendant l’ère Meiji, afin de distinguer de telles œuvres des peintures de style occidental, ou yōga qui étaient devenues à la mode, au Japon. Mais quelques emprunts à cette peinture étrangère ont bien été pensés, dès l’origine, par de jeunes intellectuels et artistes japonais, dans un dialogue constant avec un occidental passionné, Ernest Fenollosa.

Le nihonga est un style de peinture dans lequel on utilise les pigments minéraux (Iwa enogu) et de la poudre de coquillage (gofun), mélangé à du nikawa (colle animale).

Les principaux matériaux utilisés comme supports sont la soie, le papier, mais le bois et la toile sont parfois utilisés.

La colle (nikawa)

L’émancipation du nihon-ga comme discipline à part entière doit beaucoup à la promotion de la fonction du liant, qui était annexe et peu exploitée dans les techniques importées de Chine. La peinture à l’eau devient dès lors une peinture à la colle, ce qui ouvre la possibilité de travailler en épaisseurs par superposition et par soustraction.

La colle est fabriquée à partir d’une gélatine qui provient de la peau et des os d’animaux ou de cartilages de poissons.

Les pigments (enogu)

Les pigments minéraux naturels (tennen iwaenogu)

Le nihon-ga évoque pour beaucoup la beauté du bleu et du vert-de-gris qui en sont effectivement, dans la tradition, les deux couleurs caractéristiques. Elles ont pour origine les minerais d’azurite et de malachite, qui sont des pierres semi-précieuses. Comme les pigments sont naturels, quelques impuretés s’y trouvent mêlées, si bien que la beauté de ces couleurs se trouve renforcée, bien plus qu’aucune couleur de synthèse ne pourra jamais l’être.

Les pigments minéraux artificiels (shin iwaenogu)

Ceux-ci présentent en règle générale une ressemblance avec la glaçure utilisée pour la céramique. Les oxydes de métaux utilisés sont accompagnés de feldspath et de borax. Ils sont grillés entre 800° C et 1000°C pour former un minéral artificiel qui est ensuite écrasé en poudre. Grâce à cette catégorie de pigments, la variété des couleurs est amplifiée, offrant de plus une bonne résistance à la lumière et une facilité de manipulation, avec des prix beaucoup plus abordables.

Les pigments minéraux synthétiques (gôsei iwaenogu)

Ils sont fabriqués en écrasant du cristal ou de la calcite en poudres à grains de différentes dimensions. La poudre est ensuite teintée de couleur qui est résistante à la lumière pour obtenir un ton neutre, en séries, rose, jaune, bleu clair, couleur fluorescente… Ce type de peinture est également utilisée en peinture à l’huile et à l’acrylique.

Les pigments de terre (suihi)

Ces pigments proviennent de la terre naturelle ou de gofun et sont teints avec un colorant. Pour les fabriquer, il faut nettoyer les impuretés de la terre avec de l’eau, puis la teinter d’une couleur résistante à la lumière. Le grain est fin et il existe une grande variété de couleurs.

Les pigments d’origine animale

Le corail (sango) :

S’obtient en pilant du corail rouge.

Le carmin (yôkô) :

A partir des œufs séchés de la cochenille femelle (insecte parasite des cactus dans les zones arides d’Amérique du Sud, notamment du Mexique et du Pérou) est extraite une teinte rouge carmin.

Les pigments d’origine végétale

Le gleditsia japonica ou févier du Japon (saikachi) :

Originaire du Japon et de la Chine, cet arbre donne des fruits sous forme de gousses contenant des graines qui sont séchées au soleil puis baignées dans une eau chauffée. Elles libèrent une teinte brune.

La gomme-gutte ou jaune du Cambodge (tôô) :

Différents arbres de la famille des Guttifères sécrètent une résine d’un jaune laiteux qui est recueillie lorsque l’arbre atteint une dizaine d’années en incisant le tronc, ou en laissant dégoutter les nervures des feuilles après avoir rompu celles-ci. La résine s’écoule dans des segments de canne de bambou, elle durcit en séchant et se transforme en gomme. La couleur à peindre sera obtenue en écrasant un morceau de gomme sur le fond d’une soucoupe contenant quelques gouttes d’eau.

L’aulne (yashyabushi) :

Le pigment est obtenu au moyen d’une décoction de strobiles femelles séchés. Sa teinte peut varier du brun-rouge a jaune-brun.

Le gofun

Il est confectionné à partir de carbonate de calcium, normalement obtenu en réduisant des coquilles d’huîtres en une poudre fine, qui est ensuite mélangée avec de la colle.

 

Les supports

Le papier japonais (washi) 

La méthode traditionnelle est chinoise mais elle s’est perfectionnée au Japon après s’y être répandue. Elle utilise directement des végétaux, notamment leur écorce. Dans les tout premiers papiers connus, on retrouve déjà les fibres du mûrier à papier (le kozo), souvent mélangée à de la paille de riz ou à du chanvre. De nos jours, les fibres les plus utilisées sont encore celles de kozo (mûrier) et d’asa (chanvre), auxquelles sont également venues s’ajouter celles de gampi (arbuste difficile à cultiver) et de mitsumata (buisson d’origine chinoise).

Autres supports

L’étoffe de soie (enigu), les toiles de chanvre (asanuno) et de coton (menpu), le bois (ita).

Les pinceaux (fude)

Les poils utilisés pour la fabrication des pinceaux sont tous entièrement naturels. Prélevés sur différentes parties du corps de divers animaux, ils sont choisis en fonction de besoins précis en termes de rigidité, de longueur, de résistance ou encore de douceur.

Il y a  le poil de belette (seuls les poils de la queue de l’animal sont utilisés), le poil de blaireau (seuls les poils du corps de l’animal sont utilisés), le poil de cheval, le poil de chèvre.

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